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Les proies vivantes prélevées dans la nature (Europe)

Publié par ElTofi – 4 avril 2007 — 4 commentaires

Quelles sont les bêbettes issues de nos ruisseaux, que l’on peut donner (sans trop de danger) à nos écailles.
Information quant à la provenance des croquis et tabelles. Ils ont été fournis sur la base d’un cours délivré aux gardes-pêches du Canton de Vaud, en Suisse.



Article sous licence :

CC by-nc-nd

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Si avoir un bout de ruisseau à proximité immédiate de chez soi n’est pas donné à tout le monde, certains ont la chance de pouvoir prélever dans la nature une abondante source de nourriture pour leur pensionnaires à écailles... Sans attaquer le débat perpétuel des risques inhérents à une nourriture "sauvage", je vous propose ici un petit voyage dans les eaux douces locales, histoire de voir ce qu’on peut en retirer...

Tout d’abord, il faut savoir que nos cours d’eau européens regorgent d’une faune tout à fait indiquée comme nourriture vivante... tout n’est cependant pas bon à prendre et il faut d’abord savoir à quel type de cours d’eau on est confronté. Il existe un moyen relativement facile de savoir à quoi s’en tenir... Il suffit d’évaluer la population locale en insectes, invertébrés et plantes...

D’une manière simplifiée, on peut distinguer 4 états principaux :

1. Une eau propre

2. une eau légèrement polluée

3. une eau polluée

4. une eau tellement dégueu qu’on ne se pose même pas la question...

Si la question du point 4 ne se pose pas, il est parfois plus difficile d’évaluer l’état de pollution d’un cours d’eau à l’oeil et au nez. Je vous propose une première sélection visuelle

une rivière propre

Elle aura dans sa zone agitée comme principales caractéristiques des pierres propres, pas de dépôt de vase entre les pierres, quelques mousses sur les pierres immergées ou émergées. Pour les zones calmes, on trouvera du sable fin, peut-être des feuilles mortes et des brindilles. Le critère déterminant est l’absence de vase.

une rivière légèrement polluée

Cette rivière aura dans ses zones agitées de la mousse et des algues sur les cailloux en quantité, qui retiendront de la boue. Les cailloux seront recouverts de taches brun-rouges, leur partie enfoncée dans le sol de taches noires. On trouvera dans les zones calmes du limon (vase) mêlé à de la matière organique, recouvrant le sable. Si on le brasse un peu, on verra qu’il est noir sur plusieurs centimètres d’épaisseur par de multiples couches de dépôt.

une rivière très polluée

Cette dernière aura de la boue jusque par-dessus les pierres qui restera prise dans les mousses. On trouvera de nombreuses algues filamenteuses et de la vase en fermentation dans les zones mortes. Une forte odeur se dégagera dès le brassage du sol.

la faune aquatique

Toutes les bestioles que l’on trouve dans nos ruisseaux ne sont pas idéales comme nourriture. Cependant, elles nous indiquent d’une manière très sûre quel est le niveau de pollution d’un cours d’eau.

Commençons par les « bêbettes » à éviter...

• le tubifex que tout le monde connaît

• les sangsues

• les aselles

• les limnées (escargots qui ressemblent fort aux physes)

d’une manière générale, évitez tout ce qui comporte des pinces, des mandibules ou des ventouses (sangsues)...

et les fameux chironomes...

Dans la nature, ces bestioles sont un signe évident d’une pollution organique accompagnée souvent de toutes les complications et maladies dues à des parasites... En clair : à éviter absolument...

NB : Attention, on parle bien des chironomes prélevés dans la nature. Les larves élevées industriellement, prélevées puis congelées subissent des contrôles qualité tout au long du procédé qui élimine la plupart des problèmes. Le seul souci restant est l’éventuel charge en nitrates (ou phosphates) amené par des blocs congelés non rincés distribués directement dans le bac.

Passons maintenant aux bestioles recommandables... Dans une zone de rivière normale, voir saine, vous trouverez :

des gammares...

des éphémères... surtout en mai, saison d’éclosion

des larves de moustiques blancs

des noirs aussi, il n’y a pas de raison...

et d’une manière générale, toutes les bestioles représentées sur cette table

qui sont absolument sans danger et dont vos écailles raffoleront...

Maintenant, si vous êtes un inquiet de nature, comme moi, et que vous tenez absolument à servir à vos écailles des mets raffinés de première catégorie, il ne vous reste plus qu’à vous attaquer à la pêche dans une zone très saine et non polluée... Encore une fois, les petites bêtes vous livreront des secrets quant à la qualité de l’eau...

Si vous trouvez

des larves d’heptagenia ou des planaires...

ou même des trichoptères (qu’on appelle parfois porte-bois)

très facilement reconnaissables à leur façon de se fabriquer un cocon de déchets ou de gravier... alors, là, c’est le Saint Graal... le festin assuré, et en toute tranquillité...

La nourriture vivante peut parfois tout de même poser quelques problèmes. Certaines des larves présentes dans nos cours d’eau sont de redoutables prédateurs d’alevins. Je pense particulièrement aux larves de libellules de toutes sortes qui peuvent survivre au choc thermique, surtout si elles ont été prélevées en plein été et se muer en de véritable tueurs dans votre bac, surtout sur les petits characidés ou alevins...

Une bonne solution est de les assommer avec un choc thermique violent, ou alors de distribuer les proies que vous avez recueillies à l’aide d’une paille, une à une... votre patience sera récompensée par des comportements de chasse que vous n’aviez sans doute pas observé en alimentant à base de congelé ou de flocons...

Croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle...

Voilà... je vous laisse ici dans ce voyage chez les petites bêtes dégoûtantes.

img Cette page écrite par Eltofi pour AquAgora est sous un contrat Creative Commons.

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4 commentaires

  1. Le 3 mai 2007 à 21:52, par wilduni - www

    Juste une remarque : attention aux larves de libellules, certaines espèces (leurs larves aussi évidemment) sont protégées (Arrêté du 22 juillet 1993 relatif à la liste des insectes protégés) Pensez aussi à vérifier les listes de protection de vos régions, ça serait dommage de détruire des larves d’espèces vulnérables. La faune des zones humides en prends déjà un sacré coup en ce moment ! Merci pour eux ! Soignons nos poissons, mais pensons aussi à notre faune locale.
  2. Le 21 août 2007 à 15:48

    Bravo pour cet article ;o)

    juste une petite precision au niveau des photos et des legendes associées :

    la derniere photo n’est pas "ou même des trichoptères (qu’on appelle parfois porte-bois)" mais probablement une larve (carnivore) d’un coléoptere nommé dytique (elle aussi est une larve predatrice au meme titre que la larve de libellule, prudence donc...). On la distingue aux prolongements (souvent nommés cerques) situés au bout de l’abdomen (et aussi à ses mandibules impressionnantes lol) :

     larves de dytique = 2 prolongements courts poilus
     larves d’hydrophile = 2 prolongements courts non poilus
     larves de libellule = 3 prolongement tres tres courts
     larves de gyrin = 4 prolongements courts poilus
     larves de sialis = 1 prolongement long avec nombreux poils
     larves de perle = 2 prolongements longs et fins
     larves d’ephemere = 3 prolongements longs et fins (cerques en forme de fils, exemple : photo4 mais un des 3 cerques a eté cassé... ) + fines lamelles qui bougent sur le dos ou sur les cotés de l’abdomen
     larves de demoiselle = 3 prolongements longs et aplatis (un peu comme des feuilles, pas comme un fil...voir au dessus lol)

    comme expliqué dans l’article, certaines sont des carnivores tres craint dans la mare ou le ruisseau (ceux qui ont vu les mandibules de la larve de dytique ou meme le masque de la larve de libellule à l’oeuvre ne me contrediront pas...). pour ce qui est du gammare qui nage sur le coté (photo2), des larves de moutiques qui se tortillent ou des larves d’ephemeres et leurs abdomens qui ondulent... n’hesitez pas, foncez...

    Voila, maintenant, à vos épuisettes et à vos loupes ;o)

    SadaM_50

  3. Le 4 septembre 2008 à 18:28, par aldrovanda

    Quelques remarques : Concernant les sangsues : elles sont loin d’être synonyme de rivière polluée comme le laisse entendre l’article. Le seul endroit où j’ai trouvé des sangsues depuis les 10 dernières année a été des petits cours d’eau au fin fond de l’Aveyron d’une qualité quasi potable. Par contre les larves de moustiques se développent très biens dans des eaux hyper crades... Une pollution organique (genre excès de nitrate) n’est pas dramatique pour de la nourriture vivante. Le taux de nitrate de certains bac doit largement dépasser celui de pas mal de rivières... Ensuite même une rivière très "propre" peut contenir des parasites microscopiques dont les larves diverses sont des hôtes intermédiaires. Une solution sans risque et pas trop difficile : larve de moustique éclose dans un bac extérieur (attention de ne pas laisser proliférer !) et pucerons.
  4. Le 11 décembre 2015 à 14:32, par Timeo

    Bravo pour ce post qui m’a interpellé

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